Antiquité et Moyen Age
Nombre d’auteurs des XVI° et XVII° siècles, dans les préfaces de leurs livres de tablature ou dans leurs traités sur les instruments de musique, citent comme illustre ancêtre du cistre la cithare grecque et la lyre romaine.
Connaissant la haute estime où les hommes de la renaissance tiennent l’antiquité, et leur désir de s’y référer à tout propos de manière parfois caricaturale pour y faire remonter tout ce que leur siècle avait de bon, cette affirmation pouvait prêter à sourire. Pourtant, il semble bien que cette ascendance soit véritable. Le nom d’abord (cistre / cithare), bien qu’il eût pu s’agir d’une attribution abusive, mais surtout des évidences iconographiques et organologiques qui donnent à réfléchir.
Les cithares et lyres antiques en effet étaient composées d’une caisse de résonance à laquelle étaient fixés deux montants latéraux rejoints au sommet par une barre transversale supportant les chevilles. Les cordes étaient donc tendues sur du vide, comme une harpe.
C’est au cours du Moyen Age qu’un manche a été ajouté, permettant par la réduction de la longueur vibrante d’étendre l’ambitus vers l’aigu. Aucun de ces instruments n’est parvenu jusqu’à nous mais l’iconographie survivante dépeint clairement une cithare à manche, qui selon les cas a conservé ses colonnes latérales (devenues inutiles) ou les présente sous une forme réduite, comme des membres atrophiés. Plus tard, du XII° au XIV° siècles, ont fleuri les citoles, sortes de petits luths de forme variable, qui semblent descendre de ce développement, notamment en ce qu’ils arborent des «ailettes » en haut du corps. Les minuscules colonnettes purement décoratives qui ornent le cistre renaissance sont la dernière trace visible des colonnes de la cithare.
Renaissance
Le XVI° siècle est l’âge d’or des instruments à cordes pincées, qui avec les instruments à clavier sont les seuls à autoriser un seul exécutant à fournir le jeu polyphonique en vigueur à l’époque. Le luth était bien sûr le plus populaire, mais le cistre arrive second pour le nombre de publications, suivi de la vihuela et de la guiterne (ancêtres de la guitare). La musique pour cistre étant souvent, mais pas toujours, d’un abord plus facile que celle du luth, en raison du nombre moindre de ses cordes, d’un manche parfois semi-diatonique et du jeu au plectre (de plume ou de corne). A partir du seizième siècle le cistre peut être défini comme un instrument à fond plat, à chœurs métalliques. On distingue alors :
-un cistre à quatre chœurs, au frettage semi-diatonique (ou chromatique incomplet), largement répandu en France et en Flandres au milieu du siècle (pour lequel en France vers 1550 Adrian Leroy a publié deux livres, Guillaume Morlaye neuf pièces, et vers 1570 l’Anversois Pierre Phalèse a publié plusieurs livres);
-des cistres italiens à six chœurs, au frettage chromatique, accordés d’au moins deux manières radicalement différentes (le cistre pour lequel Virchi a écrit une musique très complexe, et le « Toppel Cythar » , objet d’une publication strasbourgeoise de Sixt Kärgel et Johan Dominico Laïs) ;
- le cistre anglais, version réduite et chromatique du cistre franco-flamand, si populaire qu’il s’en trouvait jusque chez les barbiers élisabéthains afin que les clients patientent en égrenant quelques airs à
la mode (pour lequel furent publiés les excellents livres d’Anthony Holborne (1597) et Thomas Robinson (1609)). Ce dernier a même écrit des pièces pour un cistre à quatorze chœurs. En Angleterre toujours, des instruments élisabéthains comme la pandore ou l’orpharion peuvent être considérés comme des cistres basses. Le ceterone (un archi cistre ou cistre théorbé) est attesté en Italie au début du XVII° siècle. Il est mentionné par Monteverdi parmi l’instrumentarium requis pour son « Orfeo ».
Malgré les différences d’accordage, deux constantes étaient l’accord des trois premiers chœurs : mi – ré – sol et la coexistence de cordes aiguës en acier et de graves en laiton. Notons que tous les cistres anciens employaient des frettages non-tempérés de type mésotonique, et pour rendre le meilleur résultat et éviter les intervalles « dangereux », l’écrasante majorité des morceaux était en sol majeur ou mineur.
Epoque classique
Au XVII° siècle, le cistre s’est maintenu en Europe du nord (voir les tableaux de Vermeer) mais a lentement décliné au profit de la guitare baroque. Une forme de cistre a également existé au Mexique. Il a survécu à travers les XVIII° et XIX° siècles en se transformant, changeant de forme, augmentant son nombre de chœurs,, modifiant son cheviller, et on en a fabriqué jusqu’à Prague. Voltaire en personne était un illustre joueur de cistre. Un peu plus tard en France la guitare allemande (cistre à 7 ou 8 choeurs) fait l’objet d’au moins quatre publications rien que dans les années 1770. Ces cistres étaient souvent montés de 4 chœurs doubles et deux basses simples. Ainsi la guitare anglaise est en réalité un cistre, ancêtre des guitares de fado actuelles. Un trait frappant de ces instruments est leur cheviller en éventail, qui s’est perpétué aujourd’hui sur les guitares portugaises et sur certains Waldzither allemands.
Traditions populaires contemporaines
De nos jours, bien que loin de l’instrument de l’antiquité, certaines formes de cistre se sont maintenues, parfois avec une grande vivacité. Ainsi la guitare portugaise, descendante de la guitare anglaise, est-elle l’instrument roi du fado. La « vraie » guitare « espagnole » se nomme quant à elle « viola » en portugais.
Moins connus sont les cistres suisses et allemands. Le Toggenburger Halszither à l’aspect très « renaissance » est utilisé dans certaines vallées suisses pour accompagner le chant. Il peut compter jusqu’à 14 cordes.
En Allemagne, le Waldzither jouit d’une certaine popularité depuis le XIX° siècle. Il existe en trois tailles et avec des accordages différents (un grand et un petit en sol, et le modèle intermédiaire en do, très semblable à une mandole). Ils sont montés de quatre chœurs doubles et d’une corde basse simple.
La cetera corse, émanant selon toute vraissemblance des cistres italiens, compperte cependant plus de cordes que la plupart des cistres connus (jusqu ‘à 8 chœurs). Son frettage garde la marque des tempéraments anciens. Elle est de nouveau jouée en Corse après une longue éclipse, sous l’impulsion de luthiers et de musiciens inspirés.
On trouve aujourd’hui en musique irlandaise des instruments dénommés « cittern » (cistre), qui bien que d’un grand intérêt musical sont en réalité plutôt des mandoles à fond plat que des descendants d’une quelconque variété de cistre. Robin Bullock et Gerald Trimble sont deux éminents représentants de ces instruments.
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