"Au Joly Bois"
Musique populaire de la Renaissance en France et en Flandres
Arnaud Lachambre : luth, guiterne, cistre à quatre choeurs, vielle à roue.
Avec l’avénement de l’imprimerie, la musique, autrefois affaire de professionnels (jongleurs, ménestrels), devient soudain accessible à tous. Au 16° siècle on ne compte plus les publications à l’usage tant des amateurs que des professionnels. On a vu se développer une demande inédite vers la musique « domestique », que l-on peut jouer chez soi, en famille ou entre amis, ainsi qu’une véritable explosion de la musique instrumentale, principalement pour le luth (au registre plutôt savant), mais aussi pour ses « cousins » à cordes pincées, la guiterne (ancêtre de la guitare, à quatre rangs de cordes) et le cistre (à cordes métalliques), au registre plus populaire.
C’est à travers un programme original et inédit mettant en valeur quatre instruments rarement entendus en concert : le luth, la guiterne, le cistre et la vielle à roue, tous de fidèles reproductions d’originaux de l’époque, qu’Arnaud Lachambre vous présente ces airs et ces danses qui firent les riches heures des musiciens de France et de Flandres à la renaissance.
Les premières éditions françaises de musique pour luth (1529 et 1530) furent l’œuvre de Pierre Attaignant »imprimeur du Roy ». Ces danses, héritées en droite ligne du 15° siècle, mêlent un dessin épuré à une grande hardiesse rythmique.
Les pièces pour guiterne sont extraites des premières parutions françaises pour cet instrument, éditées entre 1551 et 1553. Il s’agit des livres de Guillaume Morlaye et d’Adrian Le Roy. Elles allient simplicité et raffinement et affichent parfois un contrepoint étonnamment élaboré pour un si petit instrument. Dans son interprétation soucieuse d’authenticité, Arnaud Lachambre reconstitue les suites de danses que l-on pouvait entendre dans les bals et réjouissances de la renaissance.
Dans les dernières pages de l’ultime livre de guiterne de Guillaume Morlaye (1553) se trouvent les toutes premières tablatures de cistre jamais imprimées. Il s’agit de 9 danses, regroupées ici en 3 suites d’une vigueur et d’une fraîcheur inouies. Les publications du flamand Sebastien Vreedman rassemblent quantité de chants réduits en tablature et de danses en provenance de Flandres, de France, d’Allemagne et d’Italie. Arnaud Lachambre en reprend quelques extraits qui illustrent bien l’appétit de ce siècle friand d’ »exotisme » pour les mélodies à la mode dans d’autres contrées, démontrant ainsi qu’une Europe musicale s’est dessinée bien avant l’Europe politique !
Pour conclure ce programme, Arnaud Lachambre présente un instrument encore plus rare, la vielle à roue renaissance. Sur cet instrument il joue des extraits de l’Orchésographie de Thoinot Arbeau, la bible des recueils de danses au 16° siècle contenant moult branles dont certains sont encore dansés aujourd’hui.
Le travail et la recherche effectués par Arnaud Lachambre dans le domaine des musiques anciennes et populaires trouve sa concrétisation dans ce programme où le mariage de ces diverses façons de « musiquer » est la seule condition d’une interprétation authentique, vivante et ô ! combien dynamique de ces morceaux de pur plaisir.
Tarif : 400 euros, frais kilométriques en sus.
Contact concert : laisser un message dans la zone "commentaires" en bas de page, ou envoyez un e-mail :ausondesluths@gmail.com
Les instruments:

Le cistre :

Le cistre est un petit instrument à quatre rangs de cordes métalliques, en vogue aux XVI° et XVII° siècles. Le cistre que j'utilise pour ce concert est un instrument au frettage "chromatique incomplet" en tempérament mésotonique, construit par l'excellent luthier corse Ugo Casalonga.
Objet de toutes mes attentions depuis plusieurs années, le cistre est un instrument très peu rejoué aujourd'hui. Si le mouvement de redécouverte des musiques et des instruments anciens a beaucoup oeuvré pour le luth, le cistre fait toujours figure de parent pauvre de la famille des cordes pincées. Pourtant l'iconographie de la Renaissance et du XVII° siècle le représente abondamment, et sa pratique comme sa popularité sont attestées par de nombreux écrits. Au seizième siècle, les publications de tablatures destinées au cistre tiennent même le second rang par ordre d'importance après le luth.
Qui plus est, la qualité de sa musique souvent très dynamique, parfois virtuose, servie par sa sonorité cristalline, ne peuvent que m'inciter à explorer son répertoire et à le faire découvrir à un public toujours surpris par sa fraîcheur.
La guiterne :

Comme son nom et son aspect le laissent entendre, la guiterne est l'ancêtre Renaissance des guitares modernes. Beaucoup plus courte et étroite que ses descendantes, la guiterne possède 4 rangs de cordes doubles, sauf la chanterelle qui est simple. Sur l'enregistrement, j'ai utilisé des cordes en boyau pour la pureté de leur son. Je l'ai tantôt rêglée en sol, tantôt en sol #. Le frettage est en tempérament égal, mais le tempérament mésotonique était également une possibilité. J'ai commandé cette guiterne au luthier italien Maurizio Lodi, pour qui c'était seulement le second instrument de ce type. Je tenais cependant à ce que ce soit lui qui la réalise, car j'étais (et je suis toujours) enchanté par la qualité tant de son que d'aspect des guitares baroques et de la vihuela qu'il m'a construites. Cette guitare est très agréable à jouer et la table répond de manière surprenante pour une si petite surface, avec beaucoup de velouté et juste ce qu'il faut de "clinquant"!
Le luth :

Le luth est dans l'inconscient collectif l'instrument emblêmatique de la musique de la Renaissance. Cette image pour une fois n'est pas un cliché, car le luth était au XVI° siècle l'instrument pour lequel on a écrit et publié le plus de musique. Ses grandes possibilités harmoniques en ont fait l'instrument polyphonique par excellence. Il faudra attendre le XVII° siècle pour que les instruments à clavier (orgue et clavecin) lui ravissent cette position privilégiée. J'utilise un luth à sept choeurs réalisé par Chris Allen, copie d'un instrument de Venere construit à la fin du XVI° siècle. Le répertoire que je joue ne fait d'ailleurs pas appel au septième choeur, qui est un ajoût tardif. Après avoir longtemps joué en tempérament égal (voir "La Magdalena" sur le CD des Ménestreux de la Branche Rouge "Musiques des Cours et des Tavenes"), j'ai finalement opté pour un frettage mésotonique, plus riche en harmoniques, avec cependant un petit "compromis" pour l'accordage (très délicat!) des deux mi bémol en première position. Les cordes sont en fluo-carbone, vieillies naturellement par quatre années de sueur et de poussière!
La vielle à roue :

La vielle à roue renaissance est sans conteste un instrument mystérieux et destiné à le rester, car rares sont les témoignages qui nous sont parvenus sur la pratique de cet instrument aux temps anciens. Et encore sont-ils généralement très méprisants à l'égard de l'instrument, de sa sonorité (impropre à servir l'harmonie) et de ses exécutants (bons à éxécuter justement (!), car ce sont généralement des aveugles et des mendiants, voire les deux à la fois!). Celà n'a pas empêché la vielle, grace à son caractère rustique et rugueux, et à sa relative puissance sonore, d'être un instrument d'extérieur idéal tant pour accompagner le chant que pour mener la danse. Je joue sur une vielle plate, fabriquée également par le merveilleux Chris Allen, qui s'est inspiré pour ce faire de plusieurs modèles du XVI° siècle. Cette vielle magnifique est entièrement bâtie dans un érable vieux de 400 ans qui poussait devant un manoir du Pays de Galles! J'ai le rare privilège d'avoir vu debout l'arbre dont on a fait mon instrument!!! Depuis 7 ans que je tourne sa manivelle, je commence à la sentir se bonifier sérieusement et sa sonorité évoluer petit à petit... Elle est accordée en sol/do et est montée de cordes en boyau. Les sautereaux sont rêglés en tempérament mésotonique.

Une autre vielle Renaissance, copie de l'instrument peint par Hieronimus Bosch dans "Le Jardin des Délices"... entre les mains d'une délicieuse vielleuse!
par Arnaud LACHAMBRE
publié dans :
cistres
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